Une promenade au fils des jours dans "le monde tendresse selon whip" en compagnie de deux whippets, ces Messieurs, avec un Nikon en bandoulière ou celle qui veut voir ce qui n'est pas visible.
C'est décidé, nous allons faire route vers Port du Bec qui doit-être tout au plus à 4 km.
Avant de m'exécuter, je réalise qu'il va me falloir faire ma première manoeuvre un peu compliquée avec le Bavaria. Un demi-tour avec fossé d'un côté et panneau (le fameux avec toutes les indications pour le passage du Gois) de l'autre côté.
Qu'était-il écrit en gros chez le concessionnaire?
"Ne manoeuvrez jamais seul, faites vous guider par quelqu'un".
Bon là c'est raté! Mais il doit bien me rester un peu de mon apprentissage du permis D (transport en commun et poids lourd) à défaut d'en avoir une grande pratique.
Ces Messieurs sont prêts à me faire confiance
Si, si, ils sont confiants.
Il ne faut pas se fier à leurs mines contrites. C'est simplement que nous venons de faire un petit tour vers le Gois et qu'ils seraient bien restés à se balader malgré le vent et le froid, car il fait froid, au lieu de remonter dans le fourgon, n'ayant aucune idée de ce qui va se passer, si ce n'est que la balade est bien finie pour le moment.
Décidée, je referme la porte latérale et je remonte en selle pour me lancer dans le fameux demi-tour. Il me vient à l'esprit, qu'avant de me garer, dorénavant, il me faudra penser au "suis-je bien placée pour repartir facilement ?".
Aucun problème dans l'exécution de mon demi-tour. Bonne visibilité aussi bien à l'avant qu'à l'arrière. De toute façon je ne tente pas le diable et je préfère effectuer plusieurs manoeuvres plutôt que de n'en faire qu'une et de me planter.
Remis sur la route, le Bavaria se laisse guider sur une petite route indiquée comme allant à Port du Bec.
Là, nous circulons sur la route des Ostréiculteurs.
Elle est bordée de maisons qui me semblent être les anciennes cabanes des ostréiculteurs, cabanes implantées à proximité des sites d'exploitation et composées au départ d'un petit cube sans grâce qui a été manifestement complètement customisé et s'est transformé en maisonnettes pimpantes, voire en villas vastes et tout aussi pimpantes.
Je me demande où sont passés les ostréiculteurs? Peut-être avais-je des images d'Epinal en tête comme on dit !
Port du Bec est en approche. C'est un port pas de doute. Pas de bateaux pour rire ou s'amuser, mais bien des bateaux de travail.
Ce n'est pas ce qu'on pourrait dire beau au premier abord. Sauf, que ça en devient beau du fait de cette accumulation hétéroclite de bateaux, d'implantations bizarroïdes pour les amarrer et en même temps, de l'alignement rectiligne de chaque côté, des lignes graphiques ainsi dessinées et qui s'imposent à l'oeil, des poteaux qui émergent de partout sur fond de vase ou d'eau immuables et de ciels, tour à tour habillés de bleu ou de gris ou de toutes les nuances possibles des bords de la mer.
J'aurais aimé que les photos arrivent à rendre cette impression. Bien qu'elles soient presque toutes surexposées, j'ai réussi à en récupérer quelques unes. Certaines ont été retouchées numériquement au niveau de la luminosité, et, du coup, les couleurs, ont un rendu un peu artificielles.
Et celle que j'aime, qui illustre toute à fait la beauté hétéroclite des lieux.
C'est fait de bric et de broc.
Mais avant de prendre ces photos, il a fallu que je trouve où me garer.
Oh! surprise! A Port du Bec le camping-car est roi.
Deux beaux parkings, aux sols sablés, dont un exclusivement pour les camping-cars et sans restriction d'horaire. Il y en a déjà 4 ou 5 dispersés. Je m'engage sur le parking proche d'une levée qui borde la côte et suit le tracé d'une route qui va jusqu'à Port des Champs.
Nous sommes dans les premiers jours de mon périple et, dans mon esprit, je ne fais pas un pas hors du fourgon sans ces Messieurs. Donc, la levée me parait une belle balade pour le trio que nous formons.
Nous empruntons le passages au-dessus des "écluses".
(cette photo n' a pas été prise ce jour-là et pas par moi, mais elle montre le chemin que nous avons emprunté au-dessus des écluses )
Sur la levée la promenade se révèle pas si facile que ça. Tout d'abord, il n'y a plus aucune protection contre le vent, qui est juste glacial, et ces Messieurs trouvent, que côté odeurs, ce n'est pas terrible le béton , ils sont intéressé pour passer par-dessus la levée et rejoindre le talus herbeux qui descend vers les exploitations des ostréiculteurs, que je devine en contrebas.
Après, avoir marché et flirté avec le talus herbeux, à de nombreuses occasions pour le plaisir de ces Messieurs et l'angoisse de mes chevilles, nous revenons vers le port et le fourgon, au moment où je commence à sentir que mes doigts se gèlent de façon fort désagréable et, laisses obligent , je ne peux pas les mettre au chaud dans mes poches.
Je dois avoir une drôle d'allure avec mon pantalon pris dans mes bottines, un blouson d'hiver d'homme sur le dos (pris au dernier moment dans l'armoire de mon fils - il ne le met plus car trop ado comme style) avec un gros pull à col roulé en laine vierge qui se devine en-dessous et une écharpe-bonnet qui fait trois tours de cou avant de terminer en gros noeud cravate sous mon menton, sans oublier la fausse fourrure qui agrémente le bonnet!
Je suis en hiver sur le versant d'une montagne enneigée? Non, en avril, sur la côte vendéenne et ...je suis frigorifiée.
Il me reste encore du temps. Je vais aller faire mes photos mais cette fois seule, ces Messieurs restent au fourgon, ce qui n'a pas l'air de leur plaire et je vois Cachemire monter sur mon siège pour me surveiller par le parebrise. Son frère fera de même sur le siège passager.
Les photos faites, je découvre les bâtiments dont une coopérative mais le monde des humains ne me tente pas, j'aspire à rester seule, à goûter le silence et la seule compagnie de ces Messieurs.
Une sérénité vient tout doucement prendre place à mes côtés.
J'ai encore un peu de temps devant moi. Je rejoins le fourgon et après un échange joyeux avec ces Messieurs, je m'installe confortablement au chaud, un thé fumant et un polar comme alibis de cet instant de détente.
Le chauffage du fourgon distille une douce chaleur.
La manoeuvre d'un camping-car proche de moi attire mon attention et me rappelle que l'heure autorisant le début des traversées via le Gois doit approcher.
Je décide de suivre le mouvement. J'ai eu le temps de me réchauffer. Ces Messieurs dorment tranquillement.
Les questions relatives à mes réserves en eau, gaz et électricité viennent à pas de loup réinvestir ma conscience. Sur l'île de Noirmoutier devrais-je rechercher une aire technique? Il faut que je pense à re-vérifier les niveaux.
En route pour la traversée.
Avril 2012 voyage en camping-car - Fourgon Bavaria